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Artistes de la galerie
 
christine de tarr
 

Découvrir l'oeuvre de Christine de Tarr au moment où s'est tenue, au Grand Palais, la Foire Internationale  d'Art Contemporain, c'est d'abord une surprise tant elle se démarque des objets présentés à cette occasion, puis c'est un bonheur car elle renoue avec ce que nous attendons de l'artiste, à savoir qu'il nous fasse entrer d'emblée, sans raisonnement discursif et au-delà des apparences, dans l'essence des choses et de l'homme, qu'il nous éclaire sur le monde et sur nous, qu'il donne un sens au réel.

C'est le cas de Christine de Tarr: indifférente aux effets de mode, elle trace sa voie, toute personnelle, dans le respect des fondamentaux de la sculpture, sans refus systématique du figuratif et dans une démarche humaniste qui cherche à traduire les mouvements les plus profonds et les plus universels de l'âme humaine.

Au premier abord, on est frappé par une filiation manifeste avec Maillol et ses formes féminines généreuses, ample et souples, ses volumes bien pleins, ronds, pesants et denses. Christine de Tarr et lui ont en commun le goût du contact sensuel avec l'argile, ce matériau élémentaire que façonne directement la main; on leur découvre un même attachement à une tradition classique mais teintée d'archaïsme, en quête de formes simples, élémentaires, originelles.

Mais après ce premier regard qui surprend parce qu'il s'écarte des constructions rudimentaires d'une esthétique actuelle en rébellion contre la nature, celle du monde et celle de l'homme, et qui séduit parce qu'il nous permet de retrouver un art où nous pouvons nous reconnaître, l'originalité de Christine de Tarr se fait jour.

Les corps nus sont vus non dans l'exacte représentation de leur apparence anatomique mais dans leur mouvement global, leur attitude foncière, sortant tout juste d'une argile à laquelle ils adhèrent encore par leur membres, par leurs corps allongés, assis, agenouillés. Leurs larges pieds massifs, posés bien à plat sur le sol, attestent de leur solide attachement à la terre avec laquelle les a pétris la main de leur créateur. Mais c'est avec la lumière qu'ils s'animent. Par un subtil modelé, Christine de Tarr fait jaillir, en brefs reflets, une vibration lumineuse qui donne vie à la matière qu'elle a façonnée.

Sans traits du visage parfois, souvent représentés de dos ou de profil, els corps semblent encore à l'état d'ébauche, en gestation, dans l'attente d'une explication et d'un achèvement. Il ne s'agit pas de portraits individuels mais de l'expression intemporelle des grands mouvements universels de l'âme humaine et du mystère de sa destinée.

Formée et fidèle à l'esthétique occidentale, Christine de Tarr, loin de tout académisme, en reçoit l'héritage mais puise aussi à d'autres sources lointaines. Comment ne pas reconnaître dans son oeuvre l'influence de ces arts primitifs qu'on appelle maintenant premiers et qui tentaient, eux aussi, d'exprimer les questions et les aspirations permanentes de notre humanité? Les formes et les mouvements font souvent penser aux arts de l'Asie, mêlant grâce, robustesse et sérénité.

C'est à cette sérénité que nous invite la sculpture de Christine de Tarr, en nous ramenant aux racines profondes de notre humanité, à la force vitale, inébranlable, de ces corps féminins qui échappent aux turbulences du temps.

Madeleine BONNEAU

 
Galerie Art Montparnasse - 2 bis rue Raymond Losserand - 75014 Paris - Métro Gaité - Ouvert du mardi au samedi  de 11h à 19h30